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-Où s'inscrit donc la dépensée dans le cadre de la création artistique, du processus créatif, et de la création intellectuelle, philosophique, théorique ? Quel frayage produit-elle ? Et tout d'abord, de quel acte de création s'agit-il dans le fait de penser, de produire une pensée +Où s'inscrit donc la dépensée dans le cadre de la création artistique, du processus créatif, et de la création intellectuelle, philosophique, théorique ? Quel frayage produit-elle ? Et tout d'abord, de quel acte de création s'agit-il dans le fait de penser, de produire une pensée ou d'être pris dans la poussée du penser ?
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-Que veut dire penser ? Ou plutôt devrions-nous poser la question : qu'entend-t-on par penser ? Parce qu'en fait il faut bien pour que l'homme puisse penser, qu'il puisse avoir de l'entendement, ou plutôt que le fait qu'il puisse penser dépende de sa capacité d'entendement.  Avoir de l'entendement serait un préalable à toute action de penser. Il me faut pour penser avoir de l'entendement, autrement dit que je puisse être à mon écoute. Le fait de s'écouter serait donc l'acte à partir duquel penser serait possible. Penser reviendrait à faire écho, à produire un retour, à réfléchir la provenance des actes que l'on produit, et parmi ces actes, l'acte même de penser.  +
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-Quand l'acte de penser se produit-il alors ? Quand penser a-t-il lieu ? Si penser c'est produire un retour sur soi, c'est réfléchir ses actes et l'acte même de penser, quand a lieu le fait de penser ? Penser serait toujours une dépense, une dépense du don que l'homme a : la possibilité de penser, de se penser. Penser consisterait peut-être dans le fait de dépenser, rendant compte du fait que penser est pris dans une économie où la réflexion est un acte qui dessaisit les termes de mon entendement, prise qu'elle est dans une logique de regain : regain d'intérêt pour l'objet de sa recherche ou plutôt regain d'intérêt pour la recherche comme objet, à jamais inassouvie puisque devant être toujours reconduite, devant toujours conquérir de nouvelles terres (//terra incognita//). Penser comme éternel retour de la réflexion. Temps-de-penser :  penser c'est toujours réfléchir son entendement, c'est écouter l'écho démultiplié de sa mise en acte, de sa mise en tension, de son attention déconcentrée, dérivée. Réfléchir est sans fin : réflexion de la réflexion à l'infini. +
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-La question qui subsiste serait donc : qui pense si penser est la réflexion infinie de la tournure d'esprit de l'homme ? Et y-a-t-il un sens à parler de pensée, d'une pensée qui appartiendrait en propre à une personne qui a pensé, autrement dit « un penseur » qui pense ou qui croit que penser est un acte délibéré pour connaître le monde, pour savoir la vérité des choses ? +
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-Comment passer donc de penser à pensée,  une pensée originée par l'action dépersonnalisante de penser ? +
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-Et tout d'abord, qu'est-ce qu'une pensée ? Une pensée est ce qui appartient à un homme de conscience, de réflexion, d'érudition, et ce par quoi il peut « examiner » sa condition. L'homme pourrait s'examiner. Il aurait les qualités nécessaires et, peut-être suffisantes, pour pouvoir s'examiner. Grâce aux qualités qu'il s'attribue, il serait d'ailleurs, par nature, le seul à pouvoir avoir ce pouvoir d'attribution, ce pouvoir de pouvoir nommer ce qui est et ce qu'il est, ce qu'il lui arrive, ce qui pourrait lui advenir, à lui et au monde, selon les qualités propres qu'il posséderait : conscience, réflexion, érudition (somme de connaissances qu'il peut pousser à l'infini). Il pourrait examiner sa condition, conséquemment, ce qu'il est, ce qu'il lui semble pouvoir être, ce qui semble être sa condition. Examiner dans le sens médical auquel ce terme renvoie : examiner, c'est-à-dire ausculter, étudier avec méthode, avec examen (un examen : résultat d'une recherche scientifique, évaluation soumise à un jugement analytique). +Au-delà de toute tentative pour penser le fait de penser à partir d'un acte originaire, nous aurions la tentation de penser que penser serait impropre, sans auteur. Penser serait l'expérience même de l'autorité négative. Penser serait la négation de la possibilité même d'être auteur. Penser serait la possibilité qui nous serait offerte pour ne pas faire autorité, pour ne pas être l'auteur de sa réflexion. Penser serait la possibilité pour moi de dire : « mon nom est personne ». « Mon » étant la réflexion de « nom » étant lui-même la réflexion de « personne » en personne : personne,  entendu comme aucun, inconnu ou inconnaissable (hors de l'entendement, de la connaissance), et personne, entendu comme être parmi les hommes (personne douée de réflexion qui s'abîme dans l'acte même de penser). Non pas entendement comme accession à la connaissance, à la saisie d'une chose, mais entendement comme échos, comme déconcentration de ce qui est entendu, comme délivrance inimitable. Je, en tant que doué de réflexion, peux penser infiniment que « mon nom est personne ». Je est donc personne en particulier, je est une particule réfléchissante à l'infini où je peux m'abîmer de part et d'autre, comme autre, comme tout autre, comme tous les autres je : dédoublement de mon entendement, de ma capacité à tout réfléchir sans arrêt, sans arrêt sur image.
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-Reste à poser la question : qui pense ? Qui pense alors que le lieu même d'où s'exercerait le fait de penser serait toujours hors-lieu, non pas u-topie, mais plutôt lieu-toupie, situation qui déconcentre toute production consciente, tout examen de conscience, tout acte de réflexion ? Peut-il y avoir, dans ce cas, un propre, un propriétaire qui s'inscrit dans le fait de penser, qui serait au coeur même de l'acte de penser ? Peut-il y avoir un acte de penser qui soit propre à son auteur ? +
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-Au-delà de toute tentative pour penser le fait de penser à partir d'un acte originaire, nous aurions la tentation de penser que penser serait impropre, sans auteur. Penser serait l'expérience même de l'autorité négative. Penser serait la négation de la possibilité même d'être auteur. Penser serait la possibilité qui nous serait offerte pour ne pas faire autorité, pour ne pas être l'auteur de sa réflexion. Penser serait la possibilité pour moi de dire comme Ulysse : « mon nom est personne ». « Mon » étant la réflexion de « nom » étant lui-même la réflexion de « personne » en personne : personne,  entendu comme aucun, inconnu ou inconnaissable (hors de l'entendement, de la connaissance), et personne, entendu comme être parmi les hommes (personne douée de réflexion qui s'abîme dans l'acte même de penser). Non pas entendement comme accession à la connaissance, à la saisie d'une chose, mais entendement comme échos, comme déconcentration de ce qui est entendu, comme délivrance inimitable. Je, en tant que doué de réflexion, peux penser infiniment que « mon nom est personne ». Je est donc personne en particulier, je est une particule réfléchissante à l'infini où je peux m'abîmer de part et d'autre, comme autre, comme tout autre, comme tous les autres je : dédoublement de mon entendement, de ma capacité à tout réfléchir sans arrêt, sans arrêt sur image.+
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-La dépensée lorsqu'elle se produit dans un acte performatif engage sa pratique dans un espace-temps multiple, complexe, dans une « constellation d'Univers »  telle que la définit Félix Guattari dans //Chaosmose// (pp. 33-34) : « ce que j'appelle constellation d'Univers. Il ne s'agit pas d'Univers de référence en général, mais de domaines d'entités incorporelles qu'on détecte en même temps qu'on les produit, et qui se trouvent être déjà là, de tout temps, dès qu'on les engendre. C'est là le paradoxe propre à ces Univers : ils sont donnés dans l'instant créateur, comme hecceïté et ils échappent au temps discursif ; ils sont comme des foyers d'éternité nichés entre les instants. De plus, ils impliquent la prise en compte, outre des éléments en situation (familiale, sexuelle, conflictuelle), de la projection de toutes les lignes de virtualité qui s'ouvrent à partir de l'évènement de leur surgissement. »+La dépensée lorsqu'elle se produit dans un acte performatif/perforatif ouvre des mondes, engage sa pratique du passage dans un espace-temps multiple, complexe, dans une « constellation d'Univers »  telle que la définit Félix Guattari dans //Chaosmose// (pp. 33-34) : « ce que j'appelle constellation d'Univers. Il ne s'agit pas d'Univers de référence en général, mais de domaines d'entités incorporelles qu'on détecte en même temps qu'on les produit, et qui se trouvent être déjà là, de tout temps, dès qu'on les engendre. C'est là le paradoxe propre à ces Univers : ils sont donnés dans l'instant créateur, comme hecceïté et ils échappent au temps discursif ; ils sont comme des foyers d'éternité nichés entre les instants. De plus, ils impliquent la prise en compte, outre des éléments en situation (familiale, sexuelle, conflictuelle), de la projection de toutes les lignes de virtualité qui s'ouvrent à partir de l'évènement de leur surgissement. »
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la_depensee.1263896036.txt.gz · Dernière modification: 2010/08/29 19:22 (édition externe)
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